L’Homme de février de Milton Erickson

J’aime lire des ouvrages sur le travail de Milton Erickson. Dans son travail, je sens souvent une certaine simplicité et une évidence dans sa façon de faire. Et je trouve cela fabuleux et juste extra. J’ai pris un certain plaisir à lire L’Homme de février de Milton Erickson. J’espère que vous en prendrez autant que moi.

l'homme de février

Résumé

L’Homme de février représente une occasion unique d’assister directement à une véritable thérapie menée par Milton H. Erickson. Bien sûr, tous ceux qui s’intéressent à Erickson, à ses thérapies si variées et innovantes, à ses techniques hypnotiques, à ses approches de la communication, à ses talents d’enseignant et de formateur, ont bien souvent lu ses articles, ses conférences, la retranscription de l’un de ses séminaires ou des ses discussions avec Haley et Weekland, ils se sont penchés sur les films et les cassettes vidéo de ses démonstrations, mais ils n’avaient jamais pu disposer du compte rendu direct d’une thérapie. Ici, grâce à la présence d’une sténographe dans la salle de consultation, nous avons accès au dialogue complet entre Erickson et sa patiente, Mademoiselle S., ou Jane.

Seconde partie

Nous « entendons » Erickson s’adresser à la jeune femme en transe et hors de transe, nous le « voyons » induire les différentes transes tout au long de la thérapie et développer tout son savoir-faire de clinicien pour conduire son exploration du cas et le traitement de celui-ci, nous « observons » les réactions de la patiente aux diverses interventions, nous l’accompagnons dans son travail intérieur de découverte et de guérison. Au cours de ces séances, Erickson déclenche et utilise de nombreux phénomènes classiques de l’hypnose (lévitation, écriture automatique, signaux idéomoteurs, distorsion du temps, pseudo-orientation dans le temps, régression en âge, amnésie, etc.) pour fournir à la patiente les graines de nouveaux développements dans sa personnalité d’adulte et un point de vue plus large sur elle-même et sur le monde.

3eme partie

Dans sa préface, Rosen nous indique que l’Homme de février peut se lire soit rapidement soit lentement. Et, de fait, il est tout à fait passionnant de lire d’abord d’un seul trait le texte de la transcription des séances, en sautant les titres des sections et les commentaires, ce qui nous permet de rentrer réellement dans l’ambiance de ces séances, de les vivres en même temps que le sujet et ceux qui assistent aux séances, d’en percevoir le rythme, et aussi parfois la tension. Dans un deuxième temps, la lecture des commentaires si précieux de Erickson lui même en réponse aux questions de Ernest Rossi, nous apporte un éclairage d’une extrême richesse sur les subtilités de son travail.

Ecrit par Milton Erickson et Ernest Lawrence Rossi. Edition de 2009, 279 pages.

Chronique du livre L’Homme de février

Magnifique ouvrage sur une retranscription d’une thérapie de Milton Erickson vers 1945. Je recommande l’Homme de Février uniquement si vous avez déjà des connaissances dans la matière parce que le début est presque incompréhensible. Néanmoins au fur et à mesure du livre on apprend des choses exceptionnelles auprès de Milton Erickson. Un personnage qui reste pour moi emblématique tellement son travail est subtile.

On y retrouve une approche vraiment concrète puisqu’on a toute la retranscription ou presque du dialogue entre thérapeute et patient. Bien qu’on ait pas les sons ce qui est dommage car c’est une partie très importante. L’Homme de février n’est pas du tout orienté conceptuel comme on pourrait retrouver comme dans un livre du style Le grand livre de la programmation neurolinguistique. L’Homme de février est axé sur le travail directe de Milton Erickson et il y a vraiment des perles à saisir sur son impressionnant travail. Étant donné que j’ai acheté le livre (j’ai pas résisté) j’ai pu surligner tous les éléments importants que je vais vous retranscrire dans cette chronique.

Première partie

J’ai perçue une forme de mise en garde vis à vis du livre. Erickson avait une très grande intuition. L’auteur nous explique au début que ce thérapeute faisait extrêmement confiance à son intuition et qu’en gros il ne prévoyait pas tout ce qu’il allait faire à l’avance. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il y a une différence entre ce qu’Erickson faisait vraiment et les explications qu’il donnait. Rappelez vous les dire de A. Korzybski, la carte n’est pas le territoire. Phrase clé de la programmation neurolinguistique.

D’autre part

Je commence à peine à apprendre l’hypnose (depuis janvier 2015). Je me suis ici intéressé non pas à la thérapie en elle même mais à certaines explications que Milton Erickson donnait autour de ce qu’il fait. De plus, il est difficile pour moi de donner un avis de praticien puisque je ne le suis pas encore. Je vais donc à travers cette chronique vous rassembler les éléments qui me sont parus important de vous partager sur le travail de Milton Erickson.

Point important, Milton Erickson pratiquait l’hypnose avec son éthique à une certaine époque dans un milieu culturel très différent du notre actuel. Et second point, l’article ici présent peut paraitre dériver légèrement du livre.

Les processus d’apprentissages

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La plupart du temps on ne se rend pas compte que changer c’est apprendre de nouveaux comportements. Et finalement on a tous des façons d’apprendre qui sont uniques. Plus j’avance dans mon apprentissage de l’hypnose et plus je me rends compte que celle ci cherche à réactiver des processus d’apprentissages justement parce que c’est une forme de suggestion. En technicien 1 à l’Arche on apprend les suggestions indirectes et la description de phénomènes en fait partit. En gros décrire un phénomène tend à le développer dans la réalité.

Et à travers l’Homme de février ou même d’autres ouvrages, on voit souvent Erickson décrire avec précision comment on a fait par le passé pour apprendre certains comportements. Il décrit un phénomène qui va pousser le sujet à retrouver la « sensation d’apprentissage » ou la « sensation de changement ». Étant donné que l’état d’hypnose permet de faire passer plus facilement les suggestions, on crée l’état et on fait des suggestions sur le changement et l’apprentissage. Tout en utilisant les ressources disponibles chez le sujet. C’est à dire ses expériences passées. Je pense que le but de l’hypnose est de réactiver des processus de changements et d’adaptations naturels qui sont déjà présents à l’intérieur du sujet.

Le « non savoir »

Les meilleurs apprentissages inconscients sont ceux où on sait qu’on a appris X ou Y mais on ne sait plus comment ni quand exactement. Je suis incapable de me rappeler comment et quand j’ai appris à manger aux baguettes. Ce genre d’apprentissage peut être utilisé dans une séance d’hypnose par des suggestions liés à l’apprentissage. On va par exemple utiliser la description de phénomènes de façon congruente comme suggestion indirectes pour provoquer des apprentissages inconscients.

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Le fait de savoir faire quelque chose mais de ne pas savoir l’expliquer est un processus inconscient. Vous savez faire vos lacets lorsque vous lisez ces lignes. Vous n’avez pas besoin d’être conscient de comment vous faites. D’ailleurs je paris que vous êtes incapables de le décrire tant que vous ne le faites pas réellement devant vous.

La meilleur façon d’apprendre d’après Erickson serait je cite « l’apprentissage par exploration ». En gros le meilleur apprentissage se réalise par le « faire » , par l’action et la pratique. C’est pour cela que l’action est la partie la plus importante dans le changement. D’où les prescriptions de comportements dans les thérapies réalisées par Erickson.

 

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Ce qu’utilise Milton Erickson

Les apprentissages que l’on voit souvent utilisés par Erickson sont liés à la petite enfance:

  • Parler
  • Marcher
  • Écrire

Il réalise régulièrement des prescriptions de comportements où il y a un apprentissage à faire. Apprendre à écrire de la main gauche ou des deux mains simultanément. Ou encore on le verra prescrire l’apprentissage du piano dans le cas de Harold dans Un thérapeute hors du commun. Un cas que je vous recommande vivement de lire. On le verra aussi enseigner à écrire à l’envers pour pousser le sujet à percevoir les choses sous un autre angle.

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Le but est de déactiver les cadres mentaux habituels du sujet en faisant différemment une expérience. En changeant l’ordre de la séquence par exemple. Je pense qu’il prescrivait aussi ce genre de comportements pour influencer les croyances que le sujet a à propos de ses capacités d’apprendre et de changer. Le but est de venir casser les patterns du sujet.

Si vous apprenez un nouveau geste qui peut paraitre au début complexe, vous modifiez vos croyances vis à vis de l’apprentissage. Plus vous allez vivre des changements et plus votre relation et vos croyances liées au changement vont changer.

L’hypnose définie par Milton Erickson

Il est fort dommage de ne pas avoir un grand livre avec toutes les techniques thérapeutiques conceptualisées par Milton Erickson lui même. Ce serait trop beau. Par contre on peut tenter de « saisir » l’essence de son travail par les livres qui parlent de ce qu’il a réalisé dans sa carrière. Certes l’hypnose a bien évoluée mais je pense qu’il est primordiale de revenir aux sources. De saisir ou du moins tenter de comprendre la façon de travailler de Milton Erickson sinon on ne ferrait pas d’hypnose « Ericksonienne ».

Erickson nous a alors proposé un modèle simple pour comprendre les différentes étapes de l’hypnose:

Focaliser l’attention

On apprend à le faire en réalisant des ratifications. C’est à dire citer des éléments qui sont présent dans la réalité de la personne, ce qu’elle voit, entend, sent, ressent… Mais pourquoi pas aussi ces croyances et ce qu’elle vit en ce moment de façon générale.

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Cela démarre souvent par fixer un point visuel. Mais aussi un son en particulier ou encore la respiration.

Désactiver les processus mentaux habituels

Je ne suis pas sur de ce que j’avance. Je dirai qu’il s’agit de créer le rapport de confiance grâce à l’étape précédente. Ensuite de faire du leading et amener la personne dans des « zones » inhabituelles pour elle. En gros se synchroniser avec la personne et ensuite la guider vers de nouveaux horizons. Et pourquoi pas utiliser le méta-modèle de la programmation neurolinguistique pour désactiver les processus habituels. En gros venir « chatouiller l’esprit de l’autre ».

Créer de la confusion

Pourquoi créer de la confusion? La confusion précède la compréhension. Je pense qu’il s’agit là de tendre vers un recadrage. Vous savez ce fameux Eurêka que vous aviez au lycée devant une théorie de mathématiques. Vous aviez beau chercher vous ne compreniez pas ce qu’on attendait de vous. Votre cerveau a toutes les pièces disponibles, toutes les informations. Elles sont juste mal agencées entre elles.

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C’est la gestalt, déconstruire pour reconstruire et aller vers une réorganisation de nos représentations mentales et changer de paradigmes. >>> Désactiver les processus mentaux habituels.

On peut utiliser la confusion pour faire passer des suggestions car la partie consciente va sauter sur la première chose qui lui semblera logique et pertinente. On peut donc créer de la confusion puis glisser une suggestion.

De plus la confusion tend à créer une recherche intérieure et donc développer la transe hypnotique.

Et là Erickson utilise les casses têtes et les jeux de mots ou les énigmes. Cela pousse à changer de point de vu!

Pousser vers une recherche intérieure et créatrice

Mon avis est qu’à partir du moment où l’on est en recherche intérieur on est en état d’hypnose. On peut donc vivre des mini transes dans la journée de quelques secondes à quelques minutes. Toutes les activités de créativité comme l’écriture, jouer d’un instrument, peindre, etc… Ces activités poussent à faire les choses différemment et à innover. C’est encore l’idée de réassembler différemment les pièces du puzzle pour en tirer une nouvelle image.

Activer des processus inconscients

Je pense qu’ici il s’agit de décrire ou de mentionner des expériences de la vie où il y a des apprentissages inconscients et des phénomènes que l’on « sait » mais qu’on ne sait pas expliquer. Prenez un exemple: savez vous comment vous faites pour distinguer la réalité du rêve? C’est compliqué d’expliquer comment on fait. On « sait » faire la différence mais on ne sait pas l’expliquer.

Et là c’est un processus utilisé régulièrement par Erickson. Vous ne savez pas comment vous allez changer. Vous n’avez pas forcément besoin de savoir comment, où et quand vous allez changer pour changer. Comment vous faites pour respirer? Vous ne savez pas exactement comment vous faites avec précision mais vous « savez » que vous savez le faire… Du coup avec l’hypnose, on se rend compte quelques temps après qu’une suggestion est passée. On ne s’en est pas forcément rendu compte sur le moment. Et étant donné qu’on en a pas conscience, il n’y a plus de résistances au changement.

Préparer la réponse hypnotique

Là on aura des phénomènes hypnotiques, distorsion temporelle et spatiale, lévitation de main, réflexe moteur, etc… On aura alors un feedback sur le mouvement intérieur.

L’intuition d’Erickson

D’après les dires de l’Homme de février, l’intuition est la capacité de faire confiance à nos associations inconscientes spontanées. En gros faire confiance à ce qui nous vient à l’esprit sur le moment. Je dirai qu’il y a deux choses primordiales lorsqu’on pratique l’hypnose avec un sujet:

L’intuition

En clair on ne peut pas prévoir à l’avance ce qu’il va se passer dans une séance d’hypnose. Pour aller plus loin, vous pouvez même apprendre à parler en automatique sous hypnose. C’est un processus extrêmement intéressant. L’intuition est primordiale et je l’ai appris une fois durant une séance. Mon sujet voulait travailler sur les rêves lucides. J’ai alors commencer ma séance puis j’ai ma petite voix intérieure qui m’a dit « attend il veut faire des rêves lucides, fait comme si maintenant c’était un rêve ».

J’ai alors commencer à raconter n’importe quoi qui allait créer de la confusion en plus de cela et je voulais créer la sensation de rêve. Par la suite j’ai glissée une suggestion directe « et dans ton rêve tu prendras conscience à un moment donné d’un processus inconscient qui te permet de savoir que tu es en train de rêver ».

Malheureusement la suggestion n’est pas passée pour mon sujet mais pour moi! Et oui hypnotiser c’est aussi être hypnotisé alors faites confiance à votre inconscient d’une façon ou d’une autre!

L’intention

Je ne sais pas comment le décrire. C’est le niveau de congruence entre votre comportement et ce que vous cherchez à créer. Une fois je faisais de l’hypnose de rue et je voulais créer un mouvement inconscient. Mon intuition a pris le dessus et mon état a radicalement changé. J’étais sur de ce que je faisais et je me suis mis à parler non pas au sujet mais réellement à la main du sujet! Un doigt a bougé tous seul, mon sujet a flippé. Et moi cela m’a impressionné même si ce n’était pas ma première fois.

Une fois aussi une amie voulait rêver parce que cela ne lui arrivait pas en ce moment où elle était. Je l’ai simplement regardé et j’ai dit de manière congruente « cette nuit, tu rêveras! ». Et elle a rêvée. Parfois faut pas chercher bien loin, des suggestions directes suffisent tant qu’elles sont dites avec congruence.

L’homme de février, ce qu’il faut retenir

Je n’ai pas lu l’Homme de février en étant centré sur la thérapie en elle même. Mais plutôt attiré par certaines indications que peut donner Erickson sur son travail.

L’Homme de février m’a apporté beaucoup de connaissances et je le relirai surement (une 3ème fois, oui je suis comme ça…). On voit aussi comment utiliser la surprise ou la confusion comme rupture de pattern. Je rappelle que la rupture de pattern est lorsque vous marchez dans la rue par exemple et que vous n’aviez pas vu le trottoir. Votre corps est surpris par la marche parce qu’il avait une habitude « marcher sur du plat ». Étant donné que vous n’avez pas anticipé, votre cerveau a « bugé » et est obligé de tout recalculer.

Le cerveau avait « prévu » une réaction et il lui arrive complètement l’inverse.

Milton Erickson utilise énormément la « dynamique de la pensée ». C’est à dire la structure plutôt que le contenu en lui même. S’il veut créer du yes set chez le sujet, il va simplement jouer avec les phrases qui sont dites ou qui ont été dites par le sujet. Là c’est presque trop simple et pourtant cela peut l’être.

Je rappelle que le yes set est une technique d’hypnose créée par la ratification. C’est une technique de manipulation qu’on retrouve dans Le petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens. Et oui tout est lié, les connaissances ne sont pas séparées.

Erickson en avance sur son temps

Le XXème siècle a vu énormément d’avancées et de progrès dans le domaine de la psychologie. Quand vous étudiez le travail d’Erickson puis des approches plus modernes comme les thérapies cognitives et comportementales, vous pouvez clairement voir un lien entre les deux.

Je vous conseille vivement de vous intéresser aux sujets suivants si vous êtes attirés par la thérapie:

Il n’y a pas une seule technique ou un seul outil. Il y a un ensemble d’outils qui peuvent fonctionner en harmonie de façon extrêmement efficace. C’est pour cela que je pense que l’hypnose est très efficace mais peut l’être encore plus si on croise les approches.

 

Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise approche. Il y a une approche qui sera plus efficace pour un type de problème. Ces différentes approches citées ci dessus vous permettront d’avoir une intuition sur une certaine forme de thérapie.

Fin

C’est la fin de la chronique de l’Homme de février. J’espère qu’elle vous a plu et je vous invite à commenter cette chronique. Ou encore si vous avez lu vous aussi l’Homme de février, laissez un commentaire. Partagez votre point de vu.

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